Rencontres Économiques 2023 – Jasmine Manet

Jasmine Manet est une entrepreneuse française , elle est fondatrice et directrice-générale de l’ONG Youth Forever.  Nous avons eu l’occasion de l’interviewer lors de l’édition 2023 des  Rencontres Économiques d’Aix, où elle intervenait dans la session spéciale. 

EP : Vous êtes à la tête de Youth Forever, une organisation qui favorise la rencontre entre les jeunes et les entreprises. Aujourd’hui considérez-vous que le monde de l’entreprise a dans sa globalité correctement intériorisé les aspirations de la jeunesse que ce soit en termes de vision du travail ou de culture de l’entreprise ?

JM : Non. D’une part, les attentes de la jeunesse dépendent de quelle jeunesse dont on parle. C’est très difficile d’avoir des attentes de jeunesse avec un grand J. Néanmoins il y a quand même un nouveau rapport au travail qui se dessine, un besoin de considération d’autonomie, de transparence, de respect, de flexibilité de rémunération… Les considérations ce n’est pas que celles de jeunes, elles sont intergénérationnelles. C’est un rapport au travail qui change petit à petit. La différence est que chez les jeunes, c’est non négociable et plus exprimé. Clairement l’entreprise avec un grand E n’a pas absorbé toutes ces attentes, néanmoins certaines sont plus en avance que d’autres et vont dans le bon sens . Je pense que c’est trop tôt pour faire un bilan. Il faut aller beaucoup plus vite, mais moi, j’appelle à réconcilier les sujets et qu’on ne regarde pas uniquement les attentes comme des sujets RH, mais aussi RSE (responsabilité sociétale des entreprises) ou financiers. Il y a beaucoup de chemin à parcourir, mais je vois que certaines entreprises prennent le virage donc, à accélérer.

EP : Selon vous, une réflexion en profondeur sur l’évolution du monde du travail peut-elle permettre d’accroître la confiance de la jeunesse envers ce dernier ?

JM : Il y a un premier sujet qui est l’accès à l’information et d’être accompagné afin d’avoir les cartes en mains pour prendre une décision. Il est nécessaire de comprendre aussi les contraintes, car l’entreprise en tant que telle en a. Il faut accompagner les jeunes dans la compréhension de ces contraintes pour mieux se faire entendre. Parce que le sujet n’est pas d’amenuiser leur parti-pris ou leurs convictions. C’est simplement que si on les porte d’une certaine manière, cela ne sera pas entendu. Tout l’enjeu est de recréer ce dialogue au niveau de la jeunesse, pour moi, cela commence par ça.

EP : considérez-vous que vous arrivez à vous faire entendre ?

JM : C’est beaucoup de travail. Pas toujours, je pense, mais de plus en plus, parce que j’apprends les bons arguments, qui sont les bonnes personnes à qui s’adresser. J’adapte mon discours en fonction du niveau de maturité de mon interlocuteur sur les thématiques. Je ne porte pas toute seule mes messages, c’est très important pour moi d’avoir été m’associer avec des personnes d’âges et d’horizons différents qui portent les mêmes messages. Parce qu’ils sont différents, ils seront entendus. Tout l’enjeu pour moi est qu’une présidente d’association qui a 10 ans de plus que moi ait des mentors de 65 ans qui vont porter les mêmes messages et avoir plus d’influence dans les cercles.

EP : Depuis que vous travaillez sur ces questions, voyez-vous les choses bouger ou pas tellement ?

JM : Elles ne bougent clairement pas assez vite, où on est encore à la phase du constat, le monde se bouscule, qu’est ce que nous dit la jeunesse ? On n’est pas encore, ou peu, dans la phase de l’action. Il y a beaucoup de sollicitations, néanmoins, on n’est pas arrivés.

EP : Pourquoi avez-vous décidé de vous rendre aux rencontres économiques d’Aix ?

JM : Déjà, je trouve la démarche géniale de créer un espace de proposition de politiques publiques pour la jeunesse. C’est une très bonne occasion de porter des messages qui me tiennent à cœur et d’avoir une place, pas encore d’égale à égal, mais on y va. Et surtout ce qui était intéressant était le travail en amont, avant la prise de parole via des opportunités de rencontres avec des dirigeants, des membres du cercle des économistes. C’est tout ce qui se passe en dehors de la scène qui est intéressant.

EP : Vous faites un travail de lobbying d’une certaine manière ?

JM : Oui de lobbying, et puis même, c’est de l’accès. Je n’aurais pas accès tous les jours aux plus grands économistes ou à des PDG. Je suis très reconnaissante, je pense qu’il y encore du chemin et que l’enjeu est de retenter l’année prochaine.

EP : Au niveau du public, avez-vous eu l’impression qu’il a été réceptif à votre intervention ?

JM : En partie, oui, après, je n’ai parlé que deux minutes trente donc à voir. Je pense qu’il faut que l’on poursuive les efforts dans la promotion de tout ce que nous avons dit.

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