L’inclusion des enfants en situation de handicap à l’épreuve des inégalités d’accès à l’éducation.

Selon la fédération d’UNAPEI, 18 % des enfants en situation de handicap n’ont aucune heure de scolarisation par semaine, et seulement 27 % bénéficient de douze heures ou plus par semaine. Mais comment expliquer un tel écart ?

On peut définir de façon large le handicap comme une limitation d’activité ou restriction de la participation à la vie en société subie par une personne en raison d’une altération d’une fonction ou d’un trouble de santé invalidant. Il est également important de comprendre le handicap dans sa dimension sociale, en le considérant comme résultant de l’interaction entre une personne et l’environnement dans lequel elle vit Il s’agira donc davantage de traiter de la question du handicap axée sur le handicap psychique, visuel et auditif et non physique. Évidemment, sans nier pour autant que dans l’enseignement supérieur, la majorité du handicap soit physique où on peut noter une grande défaillance sur les accès pour personne à mobilité réduite que cela soit sur la question de l’abaissement des trottoirs, de l’accès aux bus, aux Métros, aux tramways ou encore aux RER en région parisienne, les étudiants en situation de handicap physiques éprouvent de nombreuse difficultés d’accès à leur établissement, ce qui explique une bonne part de leur décrochage scolaire et de leurs difficultés d’affectation

Pour se saisir de l’essence du problème, une mise en contexte historique est nécessaire.

La question du handicap à l’école : de l’intégration à l’inclusion

L’accès à l’éducation a été un enjeu perpétuel à travers l’histoire. À la fin du XIX
siècle, Jules Ferry a instauré des lois qui ont rendu l’éducation gratuite et lui a
conféré un rôle social d’une grande importance, favorisant l’émancipation et
l’instruction des individus.

À cette époque, les avancées scientifiques actuelles n’avaient pas encore éclairé
la question du handicap. Les enfants en situation de handicap étaient alors perçus
comme souffrant de dégénérescence mentale, et l’on utilisait le terme “arriérés.”

Face à ce constat, l’idée a émergé qu’il était nécessaire de créer des classes
spécialisées pour ces enfants, les séparant ainsi des personnes valides. L’objectif
était de leur offrir une éducation adaptée aux défis liés à leur handicap, incluant la
compréhension des connaissances, leur développement personnel, et leur
intégration sociale malgré des limites claires vis-à-vis de la perception de ces
derniers et de la compréhension de leurs pathologies.

Au début du XXe siècle, le médecin Bourneville a proposé deux approches pour
prendre en charge les personnes en situation de handicap : l’hospitalisation pour
les cas les plus complexes, avec des cours dispensés au sein de l’établissement,
et des cours dans des établissements publics classiques pour les cas les plus
aptes à s’insérer socialement.

En 1882, une loi a été promulguée accordant le droit à l’éducation primaire pour
les personnes en situation de handicap, et en 1909, des classes spécialisées ont
été créées pour les enfants de 6 à 13 ans.

Il est important de souligner que l’insertion scolaire n’était pas uniquement une
question de santé publique, mais davantage une stratégie de lutte contre la
pauvreté et la mendicité. Les individus en situation de handicap n’étaient pas
considérés principalement du point de vue médical, mais plutôt comme des
personnes invalides, plus susceptibles de tomber dans la précarité et de prendre
des décisions inappropriées.

De manière globale, une déshumanisation était opérée sur les enfants en situation
de handicap psychique par la non prise en compte de leur point de vue vis-à-vis de
leur capacité, de leur compréhension de l’environnement et de leur volonté sur leur
orientation.

Le 20ème siècle : période d’émergence d’un droit à l’éducation pour les personnes en situation de handicap

L’avènement du droit et de la reconnaissance des personnes en situation handicap peut être situé à l’arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936. À cette époque, les enfants potentiellement en situation de handicap étaient soumis à des tests obligatoires de déficience.Cependant, il convient de nuancer cette avancée, car les connaissances scientifiques n’étaient pas encore suffisamment complètes. Les tests d’éligibilité étaient en réalité des évaluations du quotient intellectuel (QI), et il fallait avoir un QI supérieur à 70, puis plus tard, à 85 après la Seconde Guerre mondiale.

La loi de 1963 a ensuite élargi l’accès à l’éducation pour les enfants infirmes,
introduisant le certificat d’aptitude pour les enfants et adolescents déficients ou
inadaptés. Il est important de noter que l’adaptation à la déficience demeurait une
question centrale, utilisant des termes exclusifs.

Un tournant décisif s’est produit en 1975 avec le remplacement des termes “infirme” et “débile” par “personne en situation de handicap”. L’idée n’était pas d’effacer la différence, mais de ne pas l’exclure, marquant ainsi l’exclusion de l’approche validiste. Au fil des années, les institutions au sein des collectivités territoriales ont pris en charge les personnes en situation de handicap pour favoriser leur intégration à l’école de la manière la plus favorable possible pour l’enfant.

En 1999, résultant d’une collaboration entre le ministère de l’éducation et le
le ministère du handicap, est né le plan “handiscol”, introduisant la création d’un
nouveau métier : les auxiliaires de vie scolaire. Ce métier permet un
accompagnement par des professionnels dans la vie scolaire des personnes en
situation de handicap au sein des établissements scolaires classiques.
Le plan “handiscol” a également encouragé l’insertion professionnelle en
proposant des rapprochements entre les personnes en situation de handicap et
des entreprises, ainsi que des conseils municipaux pour faciliter l’accès à l’emploi.

En 2001, le ministère de l’éducation nationale a élaboré un plan d’action pour le
handicap, mettant l’accent sur l’accompagnement dans les activités de la vie
quotidienne et favorisant l’intégration des enfants, adolescents et jeunes adultes
dans la vie sociale, scolaire et familiale.

Plus tard, La loi du 11 février 2005 a marqué une étape décisive en envisageant le
handicap dans sa dimension sociale, avec pour principes l’accessibilité pour tous
et l’égalisation des droits et des chances. La politique éducative s’est orientée vers
l’inclusion, où l’école a pour vocation d’accueillir tous les enfants, quels que soient
leurs besoins. L’école doit s’assurer que l’environnement est adapté à la scolarité
de chaque élève, sans distinction.`

Ces évolutions légales suggèrent un passage de l’intégration à l’inclusion, où
l’intégration implique que l’enfant s’adapte à l’éducation nationale et à son
environnement, tandis que l’inclusion signifie que l’environnement de l’éducation
nationale s’adapte aux besoins des enfants en situation de handicap.

Cependant, malgré une volonté claire du législateur, des progrès sont à faire sur le
sujet, avec des inégalités encore trop persistantes

Des inégalités qui articulent et entachent ce droit

Malgré la loi de 2005, qui promeut l’inclusion de tous les élèves sans distinction et
garantit le service public de l’éducation pour tous, il est important de souligner que les enfants en situation de handicap n’ont pas encore un accès suffisamment adéquat à l’éducation scolaire, malgré des évolutions notables. Les situations les plus courantes sont les suivantes : l’inscription non systématique des élèves handicapés dans leur établissement de référence, leur exclusion des activités extrascolaires, le manque de prise en compte réelle de leurs besoins et projets, l’absence de projet personnalisé de scolarisation (PPS), la dépendance de leur accueil à la présence d’un accompagnant, voire même le refus d’accueillir un élève handicapé.

En ce qui concerne les auxiliaires de vie scolaire (AVS), un problème majeur se
pose, car la grande majorité des enfants et adolescents en situation de handicap
voient leur AVS changer au cours de leur scolarité. Cela pose un défi important
pour leur inclusion, car certaines pathologies nécessitent un accompagnement
continu tout au long de la scolarité. Les changements d’AVS perturbent ainsi la
scolarité de l’élève.

De plus, la communication avec les enseignants souffre d’un manque de rigueur.
Beaucoup d’enseignants se trouvent confrontés au fait qu’un élève en situation de
handicap intègre leur classe seulement quelques jours avant la rentrée scolaire.
Cependant, la prise en charge d’une personne en situation de handicap au sein de
la classe demande un travail en amont pour lui fournir les outils nécessaires à sa
compréhension et à son inclusion.

Les inégalités en termes de capital économique creusent encore davantage l’écart
en matière d’accès à l’éducation. La combinaison des inégalités entre le capital
économique et la situation de handicap est préjudiciable pour les élèves. De
nombreuses familles plus aisées n’hésitent pas à recourir à des professeurs privés
pour assurer l’éducation de leurs enfants, palliant ainsi les lacunes du système
éducatif français, tandis que les plus défavorisés sont négligés et abandonnés par
le système scolaire.

Comme dit plus tôt, selon une étude de la fédération d’UNAPEI, 18 % des enfants
en situation de handicap n’ont aucune heure de scolarisation par semaine, et
seulement 27 % bénéficient de douze heures ou plus par semaine.

Plus tard, dans l’enseignement supérieur, l’écart se creuse encore pour les
personnes en situation de handicap. Ils demeurent extrêmement sous-représentés,
représentant seulement 2,2 % des étudiants.

Cependant, il convient de noter une augmentation de ce chiffre, avec environ 35 %
des étudiants handicapés inscrits dans le second cycle, contre 19 % il y a 20 ans.
Cela laisse entrevoir une amélioration potentielle dans les années à venir, en partie
grâce aux efforts des associations et des militants.

Toutefois, ce chiffre est en hausse avec une augmentation avec environ 35 % des
étudiants handicapés inscrits dans le second cycle contre 19% il y a 20 ans. Ce qui
pourrait laisser prédire une amélioration dans les années à venir, en partie grâce au
travail des associations et des militants sur le sujet.

En définitive, le handicap se retrouve à l’école, comme dans la vie de tous les
jours, conjugué de manière brutale avec les inégalités économiques et sociales et il
paraît nécessaire de repenser les politiques d’accès à l’éducation pour les enfants
en situation de handicap qui, plus tard dans leur vie, se trouvent fortement
impactés dans leur futur. De manière plus large, il s’agit de prendre compte d’à
quel point le validisme est structurant dans nos sociétés actuelles.

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