La digitalisation des cabinets d’expertise comptable : un enjeu majeur des prochaines années.

La digitalisation est un concept définissant la transformation des outils, processus métiers et usages d’une entreprise grâce à des outils numériques afin de les rendre plus performants. En bref  digitalisation équivaut à performance ; oui, mais à quel point ?

L’expertise comptable

Aucun texte n’impose la présence ou la participation d’un expert-comptable au sein d’une entreprise. Cependant, selon le type et la taille de l’entreprise, la réglementation impose la délivrance de documents financiers, comptables, juridiques et sociaux normés. Cette compétence relève de l’expert-comptable. 

L’expert-comptable est le bras droit du chef d’entreprise, de n’importe quelle taille et de tout type de secteur. Il assiste le chef d’entreprise de la création à la mort de l’entreprise, et au cours de sa vie.

Comment se déroulait la tenue d’une comptabilité auparavant ?

Aujourd’hui, la tenue de comptabilité est, plus ou moins, appuyée par des logiciels. Dans le cabinet où je travaille, nous utilisons un logiciel capable de saisir automatiquement les factures d’achat de nos clients à partir de justificatifs scannés ou importés. Dans les plus gros cabinets, l’automatisation est bien plus présente. Cependant, avant la tenue comptable s’effectuait à la main, sur une feuille libre et on traçait des comptes en T et des bilans à la règle, on conservait des tonnes et des tonnes de papier…
Ainsi, la profession a beaucoup évolué en peu de temps et ces évolutions s’accélèrent au fur et à mesure grâce aux nouvelles technologies, à des logiciels de plus en plus performants et à un changement de compétences et de tâches effectuées.

Pourquoi la digitalisation est-elle un enjeu majeur pour la profession ?

Les experts-comptables ne faisaient déjà plus beaucoup de comptabilité pure, nous entendons par là la saisie, les bilans… Ils s’occupaient déjà des missions plus techniques telles que le montage de holding (société qui contrôle une ou plusieurs autres sociétés par la détention de titres dans celles-ci, engendrant des intérêts fiscaux notamment) et l’optimisation fiscale par exemple. Aujourd’hui, la demande évolue, les outils aussi, et la concurrence est rude. Les experts-comptables doivent s’adapter, faire évoluer leurs missions et leur grille tarifaire, leur équipe et leurs compétences afin de continuer à faire vivre leur entreprise.

Cependant, ce sujet est au cœur des espérances, des peurs, des intrigues et des attentes des experts-comptables, et il divise sur l’avenir de ce secteur. En effet, la digitalisation suscite, comme tout changement, différents comportements chez l’être humain. Certains voient le changement comme une opportunité, et d’autres comme une source de stress, de problèmes et de complexification.

Les réfractaires à la digitalisation

La digitalisation de la comptabilité fait peur, et c’est compréhensible.
Depuis peu, les logiciels comptables sur lesquels s’appuient les cabinets intègrent à leur service une partie plus ou moins grande d’intelligence artificielle. Par exemple, le logiciel dont on entend le plus parler en ce moment est Penny Lane. Ce logiciel utilise notamment ChatGPT pour prérédiger les courriels de conseils ou de réponse aux demandes des clients. Cette intelligence se développe en auto-apprentissage notamment sur le logiciel CEGID, qui a institué sa branche “Conciliator” qui apprend à affecter les factures dans les bons comptes, qui diffèrent selon les dossiers. Cette opération nécessite plusieurs approbations par les collaborateurs pour confirmer une erreur ou une réussite. Les cabinets sont alors forcés d’intégrer une partie de la digitalisation de leur activité, à leur quotidien. Cette force des choses ne leur convient pas forcément, puisqu’elle va bouleverser leurs habitudes de travail, leurs procédures et toute l’organisation du cabinet.
Ainsi ces changements nécessitent un temps plus ou moins conséquent, perçu différemment selon le comportement de l’humain face au changement.
Tout d’abord, il faut prendre le temps de supporter l’intelligence artificielle dans son apprentissage, corriger ses erreurs et réaliser de nombreuses vérifications. Il faut ainsi la programmer correctement au préalable, suivre régulièrement son activité et procéder à des contrôles. Cela peut s’avérer très chronophage au début, et c’est connu, les comptables et les experts-comptables n’ont jamais le temps, ils sont toujours pressés et débordés. Ainsi, ça peut être une première raison de refus du changement. Cependant, même en s’accordant du temps, avant même de pouvoir faire cela, il faut déjà maîtriser l’outil et le comprendre. C’est quelque chose qui peut s’avérer difficile selon les profils, que l’on soit tourné ou non vers l’informatique, c’est une nouveauté conséquente. De plus, les réfractaires peuvent n’avoir ni l’envie ni la motivation nécessaire pour se pencher sur le sujet et donc en conclure que cela ne les intéresse pas et puis que de toute façon, ils n’y comprennent rien. Cette complexité apparente n’est pas forcément vérifiée, et certains logiciels rendent ludique et facile la prise en main de cet outil, mais cela cause une deuxième source de refus de digitalisation du cabinet. Il faut en effet développer de nouvelles compétences afin de l’intégrer efficacement. De plus, il faudra former les collaborateurs à son utilisation, ce qui peut s’avérer compliqué également. En effet, la profession a d’énormes difficultés de recrutement et est en recherche constante de collaborateurs. Ainsi, même si l’expert-comptable parvenait à recruter, il ne pourrait pas tout de suite s’appuyer sur le collaborateur, car il faudrait déjà le former à l’outil. Aussi, certains collaborateurs déjà en place et réfractaires au changement, pourrait faire pression sur leur expert-comptable, pour ne pas digitaliser leurs tâches sous peine de « perte de temps et d’efficacité » puisqu’ils devraient résoudre les problèmes causés par l’intelligence artificielle et le logiciel au lieu de réaliser leurs tâches habituelles.
Enfin, la dernière raison qui pourrait être invoquée serait la mort du métier. En effet, de nombreuses personnes voient l’intelligence artificielle comme la voleuse de leur emploi. Ils craignent d’être remplacés, car les collaborateurs effectuent actuellement des tâches à faible valeur ajoutée (même si c’est en train d’évoluer) telles que la saisie comptable et les calculs de TVA. Ces tâches sont facilement automatisables et si l’IA réussit son auto-apprentissage, ils craignent de ne plus être nécessaires à la profession. Ainsi, certains considèrent que la digitalisation serait la cause de nombreuses pertes d’emploi et licenciements.

La meilleure ère pour l’expertise comptable

Pour d’autres, la digitalisation révolutionne l’industrie de la comptabilité et permet des gains de productivité très conséquents. En effet, la digitalisation est une opportunité pour les experts-comptables et les collaborateurs. L’intelligence artificielle ne sonne pas la mort du métier, mais bien sa renaissance. Pour de nombreuses personnalités du secteur, nous rentrons dans la meilleure ère en comptabilité et gestion. Ce comportement positif face au changement s’explique par une vision dynamique du monde, une envie de sortir de sa zone de confort afin de progresser plus rapidement et efficacement.
En effet, ces progrès ouvrent la porte à la délégation des tâches simples, automatisables et très chronophages. Les experts-comptables et les collaborateurs pourront se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée tel que le conseil aux entreprises, l’aide au développement des entreprises, ainsi que d’autres activités, en pleine expansion, telle que la DAF (directeur Administratif et Financier, aussi appelé CFO en anglais) à temps partiel… Ils pourront également se concentrer sur le développement de leur entreprise, car oui, un expert-comptable exerçant en libéral est aussi un chef d’entreprise qui se doit de développer son activité, de fidéliser ou d’attirer de nouveaux clients, de répondre à leur demande…
Il y a donc une nécessité de former les collaborateurs à de nouvelles missions, plus complexes et de plus en plus demandées, afin de mutuellement s’aider à progresser sur de nouveaux sujets. Ainsi, la comptabilité est une industrie riche, riche en innovations, en thèmes, en missions et c’est le moment ou jamais pour sortir de la routine des saisies comptables, des déclarations de TVA, de la préparation des bilans, de toutes les déclarations fiscales, pour découvrir de nouveaux horizons et aimer encore plus son métier.

En définitive, il est normal et compréhensible de refuser le changement, lorsqu’on est installé depuis des années, qu’une routine s’est créée, que l’on maîtrise parfaitement nos dossiers et nos missions quotidiennes et annuelles, que nous avons un certain confort professionnel.
Cependant, l’accepter, c’est gagner en compétences sur de nouvelles missions, à plus forte valeur ajoutée, pouvant augmenter le chiffre d’affaires du cabinet, rencontrer de nouvelles personnes, former ses collaborateurs et évoluer ensemble, ce qui tend à les fidéliser notamment.
Le métier évolue et il faut évoluer avec lui pour ne pas couler certes, mais aussi pour des raisons positives.
Son acceptation est facilitée par de nombreux moyens, notamment grâce à l’Ordre des Experts-comptables, qui promeut une formation nommée « Profession comptable 2030 » axée sur l’automatisation de la production, la facture électronique, les nouveaux enjeux tels que la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), le management, le recrutement…
Les réseaux sociaux mettent également la digitalisation dans l’industrie de la comptabilité sur le devant de la scène, par exemple sur LinkedIn, des personnalités fortes se développent en abordant ces thèmes, qui intriguent les professionnels.
Ainsi, l’idée se fraye un chemin, petit à petit dans l’esprit de chacun et il est nécessaire d’y porter attention, afin de ne pas rater le virage de la digitalisation.

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